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Born to run - un livre pour réapprendre à courir

Sommes-nous nés pour courir ?

C'est la question à laquelle Christopher McDougall, l'auteur du best-seller américain "Born to run", tente de répondre. Pour cela, il prend le contre-pied de l'affirmation des spécialistes selon laquelle "courir nuirait à la santé".

Lui qui ne réalise que de courtes séances au cours desquelles il se blesse régulièrement, va s'intéresser au peuple des Tarahumaras, qui vit caché dans les Copper Canyons au Mexique, et à leur extraordinaire endurance.

Au travers de sa rencontre avec Caballo Blanco, son guide pour approcher les Tarahumaras, il va être amené à évoquer le parcours de personnages surprenants, tous ultra-traileurs. Et finir par le devenir lui-même.

Un peuple pour exemple

L'évocation du mode de vie des Tarahumaras, en début de ce livre-roman, a quelque chose de profondément déroutant par rapport à tout ce qu'on peut lire et entendre partout au sujet de la course à pied - et du sport, en général :

"Les Tarahumaras ont plutôt une approche festive de la course de fond. En ce qui concerne la diététique, l'hygiène de vie et la chasse au surpoids, les entraîneurs s'arracheraient les cheveux. Ils boivent comme si la Saint-Sylvestre avait lieu chaque semaine et s'envoient de telles quantités de bière de maïs qu'ils passent un jour sur trois à s'en remettre. [...] Les Tarahumaras ne refont pas le plein de sels minéraux avec des boissons d'effort. Ils ne réparent pas les dommages de l'exercice avec des barres hyperprotéinées. [...] À l'approche d'une course, les Tarahumaras ne s'entraînent pas et ignorent l'affûtage. Le jour-même, ils ne s'échauffent pas et ne s'étirent pas non plus. Ils se pointent simplement sur la ligne en rigolant... et partent comme des dératés pour 48 heures." [p. 31]

Leur secret est déjà évoqué dans ces lignes : leur sourire. Un lien commun avec tous les sportifs décrits par la suite. "Pour les Tarahumaras, la course est une célébration de l'amitié." indique l'auteur un peu plus loin [p. 111]. Ou encore lorsqu'il évoque la course comme un art primitif : "Voilà le secret des Tarahumaras : ils n'oublient jamais le plaisir de courir. Ils se souviennent que la course a été le premier des beaux-arts."

Réapprendre à courir

Si les Tarahumaras sont si endurants, c'est parce que la course à pied fait partie d'un rituel d'éducation chez eux qui commence dès l'enfance, précise l'auteur en début de livre. Cela se déroule comme un jeu : "Les coureurs font des aller-retours sur un très long sentier en poussant leur balle à la manière de footballeurs lancés à pleine vitesse. La course peut durer 24 heures ou même 48, suivant ce qu'on a décidé la nuit précédente, mais les concurrents ne peuvent jamais quitter l'aire de jeu ni lever le pied pour se reposer. [...] Pour relever pareil défi, il faut posséder toutes les vertus des Tarahumaras : force, patience, solidarité, dévouement et ténacité." [p. 65]

Mais ce qui fait surtout défaut au coureur contemporain, c'est de négliger la technique : "Tout le monde croit savoir comment courir, mais c'est aussi complexe que toute autre activité" se fait confirmer l'auteur par Eric, [p. 295-296] moniteur de sports extrêmes. "Pour [Eric], le prochain grand bond dans le domaine sportif ne viendra ni de la technologie ni de l'équipement, mais de la technique. L'athlète capable d'échapper aux blessures laissera les autres sur place."

La technique dans le détail est abordée lorsque Christopher réapprend à courir en suivant l'exemple de Caballo Blanco. "Ne lutte pas contre le sentier, lança Caballo par-dessus son épaule. Prends ce qu'il te donne. Si tu hésites entre une ou deux foulées dans les rochers, fais-en trois. [...] Pense facile, léger, fluide et rapide" [p. 161-162] Et pour bien comprendre l'intérêt d'une foulée légère, propre à éviter les pièges, Caballo évoque les aspérités du terrain dans des noms donnés aux cailloux : "Il y avait les ayudantes, qui aident à se propulser avec force, les "piégeurs", qui ont l'air d'ayudantes mais qui roulent traîtreusement quand on pousse dessus, et les chingoncitos, qui meurent d'envie de vous foutre par terre."

Il y a de quoi remettre en question nos comportements. Mais l'auteur va beaucoup plus loin : il est convaincu que l'homme est fait pour courir - depuis des millénaires.

Savourer les extrêmes de l'ultra-marathon

Et c'est vrai surtout sur les longues distances, même si : "l'ultra-marathon a des allures de monde parallèle qui échappe à toutes les règles terrestres : les femmes sont plus fortes que les hommes ; des vieux sont meilleurs que des jeunes ; des néandertaliens en sandales (les Tarahumaras ndlr.) mettent tout le monde d'accord. Et que dire du kilométrage ? Les contraintes infligées aux jambes sont hors-catégorie. Courir 160km par semaine est censé conduire tout droit aux blessures, mais ces ultra-fondus le font en une journée." [p. 117]

Comment cela est-il possible ? Le portrait d'une jeune femme donne une première explication : "Courir des distances folles dans la montagne "est très romantique". " lit-on en découvrant le portrait d'Ann Trason, 33 ans, que ses amis "ne pouvaient pas comprendre parce qu'ils n'avaient jamais essayé. Courir, pour eux, c'était trois misérables kilomètres avec un jean taille 34 pour motivation.  [...] Mais on ne se lance pas comme ça dans une séance de cinq heures. Il faut se couler dedans comme on se coule dans un bain, jusqu'à ce que le corps ne résiste plus aux chocs, mais commence à les apprécier. [...] Et c'est quand on parvient à cette semi-lévitation douce et fluide que le clair de lune et le champagne font leur apparition."

L'évocation se complète lorsque l'auteur parle d'une autre femme, Jenn : "À l'automne de la même année, le magazine "Ultra-running" publia une photo d'elle. [...] Jenn n'est pas en train de batailler avec un concurrent et on ne la voit pas lancée à l'assaut d'un sommet avec la grâce majestueuse des athlètes de chez Nike, ou avec le masque touchant de la détermination et du triomphe. Tout ce qu'elle fait c'est courir. Courir et sourire. [...] Elle semble en pleine extase, comme si rien sur Terre ne pouvait égaler ce qu'elle fait ici et maintenant."

C'est l'exemple de Scott qui donne la clef du succès dans la longue distance : "Par pur accident, Scott avait mis la main sur l'arme la plus au point dans l'arsenal de l'ultra : il ne faut pas craindre la fatigue, mais la prendre à bras-le-corps. Il faut refuser de la laisser partir, apprendre à la connaître à fond pour qu'elle n'ait plus rien d'effrayant. [...] On ne peut espérer la vaincre avec la haine. Le seul moyen de conquérir vraiment quelque chose, c'est de l'aimer, comme vous le diront tous les grands philosophes et les généticiens."

C'est le même Scott qui affirmera à la fin de l'histoire : "Nous ne courons pas pour nous mesurer les uns aux autres, avait-il réalisé, mais pour être les uns avec les autres." [p. 370] Une croyance naïve - ou la démonstration qu'un parfait bonheur est possible au travers du sport ?

Repenser tout à neuf

En conclusion de son approche, l'auteur explore le passé de l'humanité, le pourquoi de la transformation de l'humain (sa position debout, la transpiration ou plutôt la régulation de sa chaleur interne, la vitesse et l'endurance...). De fil en aiguille, il est démontré que la pratique de la chasse a fait des humains les meilleurs marathoniens du monde - pour la simple raison qu'incapables de battre en vitesse les proies qu'ils pourchassaient, ils devaient courir après elles jusqu'à l'épuisement du gibier.

Louis Liebenberg, étudiant de 20 ans, se penche sur la question de l'évolution de l'humanité. Il va se mettre dans les conditions du chasseur préhistorique, en allant étudier les Bochimans du Kalahari car il avait "la vague impression que la chasse pouvait être à l'origine même de la science". Il réalise qu'avec "la chasse spéculative, les premiers humains ne faisaient pas que relier des points entre eux, ils le faisaient avec des points qui n'existaient que dans leur esprit". [p. 346]

Il comprend l'intérêt de la course pour survivre et va jusqu'à modifier son alimentation. "Aussi Louis dut-il apprendre à brouter, à manger un peu toute la journée plutôt qu'à se goinfrer à heure fixe, à ne jamais manquer d'eau et à envisager le quotidien comme une course permanente."

Louis fait part de ses réflexions à un éminent spécialiste : "Savez-vous pourquoi tellement de gens courent le marathon ? demanda-t-il au Dr Bramble. Parce que la course est ancrée profondément dans notre imaginaire collectif et parce que notre imagination est ancrée dans la course à pied. Le langage, l'art, la science, les navettes spatiales, la nuit étoilée, la chirurgie intra-vasculaire... tout cela trouve son origine dans notre disposition à la course."

Le Dr Bramble renchérit sur ses propos : "L'endurance est une question de vie ou de mort, mais n'oubliez pas ceci : l'endurance est une question d'économie d'énergie et c'est le rôle du cerveau. Si certains exploitent leurs facultés génétiques en courant et que d'autres ne le font pas, c'est parce que le cerveau est un as du marchandage. [...] Nous vivons dans une culture qui juge les efforts extrêmes délirants, parce que c'est notre cerveau qui nous le dit : pourquoi faire tourner la machine à plein régime si ce n'est pas nécessaire ?"

Et de conclure : "On pourrait littéralement enrayer les épidémies avec ce remède-là, fit-il en faisant le "V" de la victoire, puis en retournant la main et en agitant les doigts pour mimer... le coureur. C'est tellement simple. Il suffit de bouger les jambes. Parce que si vous refusez de croire que vous êtes nés pour courir, vous niez non seulement l'histoire, mais aussi ce que vous êtes." [p. 358]

Chacun pourra se faire son opinion sur la question à la lecture du livre dans son intégralité.

Quant à la mienne - et je ne sais pas si c'est dû à l'hyper-présence de portraits féminins majeurs - elle est, de fait, déjà bien établie.


Born to run (Né pour courir), de Christopher McDougall, disponible en Français aux éditions Guérin, 411 pages (29€).

 


L'auteur,
Elyse Moreigne

Editrice de Plaisir du sport en Alsace, passionnée de langages écrits, nageuse, coureuse et randonneuse, parfois triathlète, engagée pour valoriser la pratique sportive en Alsace en tant que source de bien-être, d'enthousiasme, de dépassement de soi !
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