Sylvie : la force et la sérénité de la liberté - Portraits | Plaisir du Sport En Alsace
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Féminines
Course à pied
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Sylvie : la force et la sérénité de la liberté

Sylvie, 47 ans, est une femme inspirante, touchante, déterminée.

Il y a deux ans, cette maman de 7 enfants a décidé de commencer à croire en elle-même. Opérant un nettoyage radical des clichés qui l'emprisonnaient, elle s'est totalement affranchie du regard des autres. Son mode d'expression : la course à pied, et notamment le trail longue distance.

Résolue à vivre sa vie selon ses propres motivations, elle s'émancipe, se dévoile, s'épanouit et va, à force d'entraînement acharné, jusqu'à briguer les podiums des courses de montagne les plus difficiles d'Alsace.

Exemplaire à plus d'un titre, son parcours est un hommage à la liberté d'être soi-même. Surtout lorsqu'on est une femme.

 Sylvie, Marcaires 2015

Sylvie sur le Trail des Marcaires en 2015.

Se faire confiance et tout donner

À la voir aujourd'hui souriante et radieuse, on a du mal à imaginer une Sylvie timide et effacée, évoluant secrètement dans l'ombre d'un mari runner et compétiteur. Pourtant, les propos qu'elle tient semblent révéler qu'il y a dix ans, elle n'était pas la même. À l'époque, "courir signifiait suivre mon mari", évoque-t-elle. Ce n'était ni plus ni moins qu'un moyen de "partager une activité le dimanche."

Cantonnée dans un rôle secondaire, Sylvie avait une perception étriquée de ses capacités : "dans ma conception, ce que je faisais en course à pied était moins bon que ce que pouvait afficher mon mari sur les classements. Une femme ayant mis au monde 7 enfants, c'était forcément un boulet !" C'est d'ailleurs pour ne pas se faire remarquer que, la première fois qu'elle court, au marathon de Paris, elle opère avec réserve et discrétion : "sans dossard, sans chaussures, sans équipement".

Tout ça, c'était avant que ne s'opère un cheminement intérieur explosif. Car d'un statut d'épouse complexée et maman avec 7 enfants à gérer, elle se laisse peu à peu gagner par une ambition toute personnelle. "J'ai pris goût à la course à pied. Un jour, je crois que c'était pour le premier marathon de mon fils en 2014, j'ai eu envie d'aller plus loin".

Une révolution s'opère, ouvrant les portes à mille et un possibles : "J'ai balayé les idées négatives de ma vie et j'ai eu envie de faire s'écrouler les clichés, d'avoir un projet sportif personnel. J'ai tout changé : mes entraînements, mon équipement, mon alimentation, mon sommeil, mon mode de vie. Mon projet : renaître ! Et je me suis mise à y croire : moi aussi je pouvais être en tête de classement."

De ce jour-là, "l'entraînement est devenu une passion". Une activité à laquelle Sylvie s'adonne "tous les jours." Le plus difficile étant "de mettre ses chaussures pour aller courir quand il pleut. Ensuite, ce n'est plus que du bonheur : se sentir libre, avoir des jambes et bouger !"

Sylvie, Marcaires 2015

Sylvie a fait table rase de la perception de son propre potentiel, qu'elle croyait limité par des a priori sans fondement réel. Elle sait que lorsqu'on est prisonnier d'un tel état d'esprit, trouver les ressources pour démarrer une activité relève du tour de force. Désormais, elle évolue en trail, comme ici sur le Défi des Seigneurs à Niederbronn. Crédit photo : © Nicolas Fried, L'Alsace en courant - www.alsace-en-courant.com

Prendre la voie de la montagne

C'est sur la longue distance, et en majorité sur des courses de montagne que Sylvie se sent à sa place. "Le trail m'apporte la liberté. Seule en forêt, c'est juste magique ! Je deviens le centre du monde : de mon monde." Ainsi nourrie, "je ressens la force monter en moi. Plus rien ne peut me détruire. Cela me donne beaucoup d'assurance au travail, dans la vie quotidienne : je deviens une personne positive !"

La femme désormais accomplie sait en effet ce qu'elle veut et ne lésine pas sur les moyens : "j'aime la course car je vais au bout de mes capacités. Je cours 6 jours sur 7 - et pas des promenades ! Je transpire, je fais 15km avec 500m D+, en forêt, seule, par tous les temps. Je sollicite le coeur, les muscles, le mental. J'aime l'athlétisme. C'est dur, car on ne peut pas tricher : ou on bosse, ou on reste à la maison ! J'adore les montées sans bâtons, celles qui se gagnent à la niaque, à la force des cuisses !" 

À force d'entraînement ardu, Sylvie progresse et réalise des performances. En 2015, une année après ce qu'on peut appeler sa prise de conscience, elle participe au Défi des Seigneurs de Niederbronn (74km, 2 700m D+), "que j'ai remporté au scratch féminin. Je figure enfin en haut des listes de classement ! Un an de travail assidu", clame-t-elle, soit un temps infime, au regard des progrès accomplis. Dans la foulée, au Trail des Marcaires, autre épreuve réputée difficile dans la région, elle arrive deuxième féminine (et première de sa catégorie) en 6h17'12. Et constate : "je n'ai pas plus peur d'une course que d'une autre, je vais au bout de moi sur n'importe quelle course. Par contre, je suis super fière de rentrer avec une coupe. Le bonheur est à la hauteur de l'effort !"

Pourtant, il ne fait aucun doute que sciemment ou non, la valeur de ces podiums est ailleurs : Sylvie est entrée en rébellion contre les cloisonnements et les carcans. Fière d'être la féminine affranchie qu'elle est devenue, elle jubile devant les faux-semblants qui ne tiennent pas la route : "J'en ai gratté des gars, pourtant bien mieux équipés que moi. En tout cas, c'est ce qu'ils croyaient. C'est incroyable comme au départ des courses on voit des héros qui s'affichent, et qui ne tiennent pas 20km. Les dépasser, c'est délicieux !"

À ceux-là, Sylvie oppose l'humilité et la stratégie. S'appliquant dans son entraînement, elle sait que les séances effectuées lui permettront de se sentir à l'aise "après une quarantaine de kilomètres. Quand la fatigue se fait sentir chez les coureurs, je tire mon avantage car j'ai reculé mon seuil de résistance grâce à un entraînement quotidien". Elle a aussi gagné en force "mentale, en concentration, et en détermination qui peuvent permettre d'encaisser des kilomètres."

Sylvie, Niederbronn 2015

"La seule chose qui me motive sur les événements, c'est le bien-être que je ressens une fois dans la course et quelquefois sur le podium. Je veux courir, c'est tout. Je ne viens pas pour un lot qui, de toute façon, ne va pas compenser les frais d'inscription, d'équipement et de déplacement." Sylvie apprécie aussi l'ambiance car "je n'ai jamais manqué de sourires sur une course. C'est aussi aux coureurs de créer ce climat fraternel en commençant à sourire, à dire merci aux bénévoles. Je crois beaucoup aux échanges, ce sont eux qui font la qualité des rencontres." Crédit photo : © Nicolas Fried, L'Alsace en courant - www.alsace-en-courant.com

Déterminer ses propres limites

Consciente que rien n'est jamais acquis pour de bon, Sylvie reste une athlète comme les autres : "avant une course, je stresse, j'ai l'impression de repasser mon Bac à chaque départ. Rien n'est gagné d'avance. No pain, no gain, c'est ainsi. C'est la dure loi du sport."

Résolue dans ses ambitions, elle garde la tête d'autant plus froide que "ma famille n'approuve pas ce que je fais : pour eux j'ai un problème, une addiction. Je me fais souvent critiquer mais peu importe : je sais que j'en vaux la peine."

Sa capacité à rester forte dans l'adversité, c'est probablement à son "premier sport, celui de devenir maman" qu'elle le doit. "J'ai appris à supporter la douleur et la fatigue sans me plaindre. Se plaindre, dire qu'on a mal est déjà un premier signe de faiblesse. Sur les courses, dans cette situation, je ne veux croire qu'à la ligne d'arrivée, alors j'avance."

Des arguments qui lui ont permis de finir la TDS (Sur la Trace des Ducs de Savoie) en 2014 (119km, 7 250m de dénivelée). "En termes de distance, cela me suffit", admet-elle. "Je n'aime plus les ultra-trails : 100km, c'est assez. J'ai besoin de dormir pour apprécier ma course. Je n'aime pas jouer les warriors des temps modernes. Mes 7 enfants m'ont fait passer des nuits blanches plus qu'il n'en faut. Alors passer encore des nuits à ne pas dormir juste pour le plaisir d'une course, je le laisse à d'autres. Moi, j'ai donné !" Par contre, "Je m'intéresse au concept première journée de course, nuit en gîte, deuxième journée de course. Il y a notamment un ultra dans le Jura qui a adopté cette formule. Ainsi, ça ne me rappellera pas les nuits blanches passées à veiller un enfant malade."

C'est aussi parce qu'elle est maman que Sylvie estime qu'elle a toute sa place sur les courses auxquelles elle participe. "Une coureuse est un modèle pour ses fils. Plus tard, ces futurs hommes auront une notion plus égalitaire de la parité. Les temps changeront, car les mamans gagnent des combats et leurs enfants en récolteront les fruits. La présence des féminines est le signe de la bonne santé d'une société, et je suis fière de mon parcours. Quand je vois mes collègues affalées sur leur chaise en train de se dire qu'un jour elles courront mais sans jamais faire un quelconque effort... Je me dis que j'en ai fait du chemin !"

Ses victoires sont incontestablement dédiées aux autres féminines, à toutes celles qui n'osent pas. Car Sylvie est persuadée qu'une "femme sur un podium peut en inspirer d'autres. Par l'entraînement, une femme peut rivaliser avec un homme. Elle en a le potentiel. Ce qui peut bloquer sa progression, c'est l'idée qu'elle a d'elle-même, ses clichés, son éducation qui sont, malheureusement, souvent en sa défaveur. Il faut briser ces clichés et montrer qu'une femme libérée peut voler."

Sylvie, Niederbronn 2015

Voler et aller très loin, c'est ce qu'a réussi Sylvie. En ayant le courage de se révéler à elle-même, elle a acquis une force mentale qui a permis de lever tous ses freins et ses inhibitions. Bravo à elle d'avoir su trouver le moyen d'exprimer toute son authenticité, et de donner ainsi une image positive et 100% décomplexée des féminines dans le sport.


 

Sylvie Wilt - 47 ans, Saverne (67)

Mariée, maman de 7 enfants, elle est professeur des écoles.

Son entraînement : Sylvie s'entraîne 6 fois par semaine ; à chaque séance elle réalise 15km avec 500m de dénivelée positive.

Ses podiums 2015 :

  • Défi des Seigneurs 2015 : première féminine en 8h57'22 (74km, 2 700m D+)
  • Trail des Marcaires 2015 : deuxième féminine (première de sa catégorie) en 6h17'12 (52km, 2 500m D+)
  • 100km de Millau : première féminine en 9h52'17 (100km vallonné)

Ses astuces récupération et bien-être :

  • "Je mange bio, végétarien, équilibré. Tout ça aide, car il ne faut pas négliger le confort intestinal. Pendant une course, je n'ai pas de diarrhées, de nausées. j'évite les fibres une semaine avant une épreuve".
  • "Une fois par semaine, je vais à Mulhouse en cryothérapie où j'expose mon corps 3 minutes à -110°C. Après ça, j'ai de nouvelles jambes !"

L'auteur,
Elyse Moreigne

Editrice de Plaisir du sport en Alsace, passionnée de langages écrits, nageuse, coureuse et randonneuse, parfois triathlète, engagée pour valoriser la pratique sportive en Alsace en tant que source de bien-être, d'enthousiasme, de dépassement de soi !
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Cet article a été commenté 2 fois

De : Guntz Guillaume, le 08/03/2016 à 15h15min46s |
Bonjour Sylvie, C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu l'article vous concernant. J'ai moi- même pratiqué la course à pied dans les années 90.Suite à un accident en 2006? je me suis retrouvé cloué sur un lit d'hopital.Ler medecin m'ava
De : marie-jeanne, le 08/03/2016 à 21h05min39s |
Bonsoir Sylvie, quel exemple de force de nature, de motivation et de plaisir à lire ce récit et son but c'était d'arriver aussi en tête du peloton (comme moi quand j'ai débuté)Respect Sylvie à force d'entraînement on arrive à avoir ces résultats. Bravo et à bientôt sur une course Bises Marie-Jeanne
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