Carine, finisher exceptionnelle du marathon de Colmar - Portraits | Plaisir du Sport En Alsace
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Course à pied
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Carine, finisher exceptionnelle du marathon de Colmar

Carine est une coureuse vraiment hors-normes.

Comme plus de 1 000 autres runners, elle a participé à son premier marathon à Colmar le 13 septembre, terminant en 5h50, soit quelques minutes avant la barrière horaire des 6h imposée sur l'épreuve.

Un score qui, en soi, n'a rien d'exceptionnel. Mais qui l'est totalement pour Carine.

Atteinte d'un lymphoedème des jambes, il lui était impossible, en théorie, de réussir à aller au bout d'une épreuve aussi impactante qu'un marathon. Or elle a eu l'audace de relever le défi quand même.

Si elle évoque plusieurs bonnes raisons à cela, la plus importante a été de partager ce moment avec les autres coureurs, dans un sport qu'elle affectionne. Toujours souriante, Carine est incroyablement positive, courageuse, déterminée. Et fière que l'on puisse, désormais, ajouter "marathonienne" à la longue liste d'attributs qui la caractérisent.

 

Crédit photo : © jeromeGenée / Accessimage

Ne jamais s'arrêter de bouger

Que ce soit au travers "de l'équitation, du tennis, et même du tir à l'arc de manière intensive", avant de se mettre à courir, Carine a toujours bougé. Son parcours sportif a débuté très tôt, "par le ski de piste, dès 2 ans, puis la danse classique, que j'ai pratiquée de 4 à 16 ans. J'ai cependant dû arrêter à cause de mes jambes qui commençaient à gonfler."

Les jambes qui gonflent, c'est le symptôme d'un lymphoedème léger, soit une "accumulation de liquide lymphatique dans les espaces interstitiels, surtout dans la graisse sous-cutanée, suite à une rupture du système lymphatique", explique la néo-marathonienne sur un blog qu'elle a créé pour en parler, au travers de son association Bouger pour ailes (https://bougerpourailes.wordpress.com/).

Pour contrer le mal, Carine sait que "les contractions musculaires agissent comme une pompe qui peut faciliter le flot lymphatique", explique-t-elle sur son blog ; elle ne cesse donc de tester d'autres activités.

Ainsi, "depuis que j'ai seize ans, je pratique la marche rapide ou course en montagne". Elle a même "préparé le marathon des sables en 2009 en marche rapide", s'est mise au VTT tout récemment.

Le passage à la course à pied s'est fait en 2011, "lorsque ma fille Julie s'est mise à courir. Cela a été le déclencheur. Depuis, c'est devenu mon sport de prédilection."

 

Qu'importe la pluie fine du marathon de Colmar : Carine court et affiche un grand sourire.

Partager une passion

D'abord temps privilégié avec sa fille, la course à pied devient peu à peu l'occasion d'un bel échange avec d'autres passionnés.

Surtout après que Carine a expérimenté sa première compétition "à Colmar, en septembre 2012, aux Foulées de la Ligue. J'y allais en soutien à ma maman, qui est décédée d'un cancer deux mois plus tard. Je suis revenue le coeur plein des autres participants, des organisateurs et des supporters."

Depuis, la course à pied représente "un moment de partage auprès de personnes qui aiment la même chose que moi ; j'aime le sentiment d'appartenir à cette catégorie de compétiteurs, même si je suis une tortue", affirme-t-elle tout sourire. "Courir me permet aussi des rencontres, à un rythme qui me convient". Pour en profiter au mieux, lorsqu'elle s'entraîne sur le parcours du Neuland, près de Colmar, Carine va "en sens inverse des autres : pour les saluer."

L'autre avantage indéniable que la sportive trouve à la course à pied, c'est la sérénité. "Courir me libère de mes colères, apaise mes pensées. Cela me permet aussi de me préparer aux interventions professionnelles orales, que je dois réaliser dans mon métier de consultante".

Très impliquée dans ce sport qu'elle aime, Carine "tente de courir tous les jours, minimum quatre fois par semaine, et si possible le matin car mes jambes ne sont pas encore trop gonflées. Je cours entre 4 et 20km selon le temps disponible, l'état de mes jambes et la motivation."

De la motivation, il en faut bien une double dose pour l'incroyable runneuse, car "mes jambes m'empêchent parfois d'avancer, elles pèsent lourd. Je cours avec des collants de contention car sans, je ne peux même pas marcher."

Au départ du marathon de Colmar, sur pavés légèrement humides, Carine, talonnée par le vélo-balai, prend ses marques. Crédit photo : © Caro Heintz.

Se préparer à un véritable défi

Quand l'annonce d'un marathon à Colmar, sa ville de résidence, s'est profilée, Carine a eu envie de tenter le diable - et de s'inscrire. Elle savait bien que c'était impossible, alors elle a voulu le faire* !

Participer à son premier marathon et le finir, elle avait conscience que ce serait difficile, peut-être insurmontable, car, d'une part, son rythme est lent - trop lent pour le finir en 6h maximum ?

D'autre part, "normalement, la course est déconseillée pour ce que j'ai, car les chocs de course ne sont pas bons pour la circulation de la lymphe. Mais vu sous un autre angle, l'effet pompe est bon", analyse-t-elle. Restait donc à adapter à son cas particulier les exigences de la maladie, car comme elle l'indique sur son blog : "Chaque femme devrait trouver le degré de tolérance propre de son membre aux exercices sans arriver à l’effet inverse d’augmentation de l’oedème."

Enfin, un autre risque peut être induit par "chaque petite blessure (par exemple une ampoule liée aux frottements) qui peut engendrer une infection de la jambe. J'ai déjà fait une dizaine d'infections, et elles ont déjà beaucoup détruit mes capacités."

Malgré toutes ces contraintes qui rebuteraient n'importe quel autre coureur, peu importe pour Carine : "J'ai juste envie d'effectuer ce marathon pour partager ce moment avec les autres coureurs. Je ne cherche pas à prouver quelque chose, mais j'ai peut-être envie inconsciemment que mon exemple donne du courage à ceux qui ne peuvent pas le faire."

*Détournement d'une phrase célèbre de l'auteur Mark Twain : "ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait" (in "Les aventures de Tom Sawyer")

 

Carine est troisième - en partant de la fin, certes, mais finisher malgré tout. Dans les derniers mètres avant l'arrivée, elle est accompagnée par quelques membres et bénévoles de l'organisation, ravis pour elle. Crédit photo : © jeromeGenée / Accessimage

Réussir pour faire connaître le lymphoedème et lutter, à son échelle, contre la maladie

La motivation de Carine reste inébranlable. Elle a envie de "montrer que l'impossible est possible, mais sans me faire mal : mon objectif était déjà de finir."

Du coup, pour préparer son marathon Carine réalise des séances d'endurance. "Avec l'entraînement, j'ai un peu gagné en vitesse, mais pas trop". De plus, "j'étudie les frottements de la chaussure. Je souhaitais faire participer des médecins et kiné, mais le temps avance toujours trop vite et ça n'a pas pu se faire".

Dans sa préparation, Carine a pensé à tout : elle a intégré une phase de "préparation à l'ennui. C'était ma pire appréhension : j'ai tendance à m'ennuyer vite." Pour toutes ces raisons, quelques semaines avant l'épreuve, elle estimait encore que "ce serait déjà un miracle" d'arriver au bout.

Le 13 septembre, elle n'a pas vraiment le temps d'y songer, car la foule est présente partout pour encourager les coureurs : l'ambiance de ce premier marathon est extraordinaire. Lorsque le miracle a finalement lieu et qu'elle franchit la ligne d'arrivée, Carine est heureuse. Elle qui n'osait "même pas y rêver" a terminé son challenge en 5h50.

Quelques jours après, même si elle a encore une démarche "fashion mémé", elle se sent "invincible et sereine". Carine a réussi un énorme exploit, marqué du sceau d'un bretzel multicolore. Sa réussite est un exemple extraordinaire de dépassement de soi, et il y a de quoi être fier de cette femme qui a farouchement gagné sa place dans ce défi ambitieux et généreux.

Merci à toi, madame, et encore bravo.

Sur le marathon, le T-shirt de Carine porte l'inscription manuscrite de l'association qu'elle a créée, "Bouger pour Ailes". Déjà, "lors des Foulées de la Ligue auxquelles je participe régulièrement, j'avais cousu quelques cartes sur mes vêtements pour informer les autres participants des problèmes et solutions associés au lymphoedème." Une communication à son échelle, décalée, touchante comme peut l'être Carine dans le plaisir qu'elle a à faire ce qu'elle aime. Crédit photo : © jeromeGenée / Accessimage


Pour en savoir plus sur le lymphoedème léger, rendez-vous sur le blog créé par Carine pour son association Bouger pour Ailes :


L'auteur,
Elyse Moreigne

Editrice de Plaisir du sport en Alsace, passionnée de langages écrits, nageuse, coureuse et randonneuse, parfois triathlète, engagée pour valoriser la pratique sportive en Alsace en tant que source de bien-être, d'enthousiasme, de dépassement de soi !
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Cet article a été commenté 3 fois

De : Carole E, le 18/09/2015 à 19h58min13s |
Bravo Carine! Je t'ai vu passer et encouragée sans connaître ton histoire alors. J'ai toujours considéré que chaque coureur est déjà méritant avant d'atteindre la ligne d'arrivée, car il s'est mis en chemin physiquement, mentalement, humainement. Il caresse la liberté et l'espoir. Toutes mes félicitations pour ton exploit et le bel esprit sportif et amical qui t'anime! Au plaisir de nous croiser au Neuland.
De : Isa L, le 19/09/2015 à 10h36min06s |
Bravo Carine! Beaucoup de courage et de détermination, je suis très très admirative.
De : Alex, le 30/06/2016 à 16h18min59s |
Une femme étonnante, par son énergie et sa joie de vie. La chose que l on remarque est son beau sourire, positivité et son manque de plainte.... Une battante dans l âme, voilà le vrai véritable cliche...
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