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Juniors et seniors
Triathlon
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Bernard, triathlète XL septuagénaire et challenger de l'impossible

Bernard, à 78 ans, vit le sport de façon hors normes : ce senior, originaire de Strasbourg, est un véritable déferlement d'énergie positive.

Engagé, sur le tard - très tard - en course à pied, avec des formats parmi les plus rudes, il a réalisé, il y a six ans, son premier triathlon, format XL, à Niederbronn, puis Belfort, puis Gérardmer.

Sans aucune modération, Bernard cherche à démontrer les bénéfices du sport d'endurance, qui plus est en compétition : sur la santé, sur la volonté, sur la réalisation de l'impossible. Ce caractère bien trempé taquine sans cesse les limites, pour le bonheur de se prendre au jeu - et le plaisir de se laisser surprendre.

S'il est animé par des initiatives ambitieuses, dans des lieux extraordinaires, c'est avant tout pour servir d'exemple, et venir en aide aux moins chanceux - avec un message on ne peut plus simple : si on veut, on peut.

 

Un âge mûr pour démarrer et réussir les défis sportifs les plus ambitieux

L'exagération positive, c'est peut-être ce qui définit le mieux Bernard. Cet homme plein d'ardeur, qui s'investit sans compter dans ce qu'il aime, a "commencé la course à pied, vers 65 ans, dans mes dernière années en tant que PDG", indique-t-il. Désormais âgé de 78 ans, il a pratiqué plusieurs sports dans sa vie, "tennis, ski, course à pied, alpinisme, triathlon."

Dans chaque activité, l'objectif poursuivi a toujours été "le dépassement de soi-même. Je me suis toujours fixé la barre plus haut que ce que je me croyais capable de faire."

La preuve en sont les "nombreux marathons, ultra-trails, ascensions," qu'il a réalisés, avec des références aussi impressionnantes que "le marathon du Cervin à Zermatt, avec 2 000m de montées jusqu'à 3 000m d'altitude, ou celui de la Jungfrau, puis la Trans 333, une course de 333km non-stop dans le désert blanc d'Egypte. Viennent encore "la Diagonale des fous" à La Réunion, le marathon des sables au Maroc, l'ascension de l'Aconcagua en Argentine, et bien d'autres challenges qui paraissent tous aussi extraordinaires que difficiles à réaliser.

Qu'à cela ne tienne : de ses propres mots, Bernard est un "coureur diesel, un alpiniste d'occasion, un triathlète débutant", affirme-t-il lors d'une conférence sur "la pratique sportive du sport d'endurance chez le vétéran", organisée en 2010 par la Ligue d'Alsace de triathlon. Donc s'il parvient, avec le sourire, au bout des challenges qu'il se lance, il estime que c'est dû à une combinaison de "chance", d'"endurance", et à un "mental" puissant, apparemment forgé dans de l'acier inoxydable.

Bernard sur la Trans 333, en 2002, 333km non-stop en auto-suffisance.

Une extrême générosité pour aider les autres à devenir "champions de leur propre vie"

Si Bernard enchaîne à ce point les compétitions de formats extrêmes, c'est pour servir au mieux de multiples causes. En effet, notre septuagénaire fait preuve d'une activité remarquable en tant que soutien d'initiatives citoyennes, solidaires, mais aussi sportives : il s'intéresse aux jeunes issus des quartiers difficiles, organise des meetings intérieurs d'athlétisme à la maison d'arrêt de Strasbourg, anime des groupes déguisés "pour le don d'organes, contre le cancer, pour les Maisons du coeur, pour l'AHRAM : handicapés moteur"...

Il coache des jeunes en difficulté, ou en recherche d'emploi. Entraîne un jeune autiste et une jeune IMC (infirmité motrice cérébrale). Il organise des actions sportives pour lutter contre le racisme ou la violence dans le sport, initie la course à pied gratuite et verte de France : les 10km en forêt de La Robertsau.

"J'interviens seul, sans structure, sans frais, sur le terrain, avec pour seule arme ma volonté de rendre service et pour seul bagage : mon temps et mes expériences (10 années d'écoute de nuit chez SOS amitiés, 168 dons du sang, 42 ans de vie professionnelle...). J'essaie de partager ma chance dans la vie avec les moins favorisés, de leur donner mes repères, mes réseaux, et de leur montrer par mon exemple que chacun peut réussir, ou rebondir, dans la vie, quel que soit l'âge."

Bernard a l'envie farouche de donner à chacun la force de "gagner l'estime de soi-même et de devenir ainsi champion de sa propre vie." Car il en est convaincu : "le bonheur est la seule richesse qui s'accroît lorsqu'on la partage", reprend-il à sa façon la maxime d'Albert Schweitzer.

Dans les associations citoyennes, dans les prisons, Bernard apporte la détermination, la force et l'énergie extirpées de son vécu.

L'exemplarité comme moteur

Ainsi, s'il se lance à lui-même des défis qui ont pour seule caractéristique commune de dépasser l'entendement, c'est parce que "ces épreuves ont surtout l'intérêt de s'avérer incitatives, en particulier vu mon âge", estime-t-il.

C'est valable "pour les membres et les bénéficiaires d'associations d'insertion, les associations de quartier, les cercles citoyens. Je veux être à même de montrer l'exemple à ceux que je côtoie dans les entreprises, et surtout dans toutes les activités sociétales et citoyennes dans lesquelles je suis actif. Je veux inciter les jeunes, les détenus, les chômeurs à retrouver bien-être, confiance et même estime de soi-même au travers du sport."

Bernard cherche à toucher "les collégiens, les lycéens, les jeunes des quartiers ou les détenus, en les encourageant à se dépasser et à se droguer et s'évader autrement : par le sport !" De même, il s'intéresse "au public de mes conférences afin d'encourager, par mon exemple, à faire du sport, à tous les âges."

Conscient que l'adversité de la vie se retrouve sur les compétitions, Bernard veut montrer que, une fois que l'on est engagé, certains rouages se mettent en place pour faciliter l'épreuve. Il explique ainsi que "c'est encore plus facile en compétition d'aller jusqu'au bout : même s'il faut parfois braver les conditions météo dantesques (froid, pluie, brume, brouillard), on est vite réconforté par les ovations du public, le speaker, le podium, les cadeaux...".

Avec, au final, le plus important : la satisfaction d'avoir réussi, quel que soit le classement. Car Bernard sait que les arrivées sont des moments, des souvenirs "à déguster pleinement, avec toutefois modération, modestie, humilité", dont il se plaît à partager la joie avec ses amis.

Le bonheur de Bernard, "alpiniste amateur", lors de son arrivée au sommet de l'Aconcagua, point culminant de la cordillère des Andes, à 6 962m d'altitude.

La compétition et l'endurance pour entretenir la vivacité du corps et un mental à toute épreuve

Pour tout le monde, le dépassement de ses propres limites par l'implication dans des challenges relevés conduit le corps et l'esprit à se modifier.

Bernard l'affirme : "la pratique compétitive du sport : ça rajeunit !". Si "le sport est une assurance santé", c'est aussi "une garantie de jeunesse d'esprit : je me sens plus jeune aujourd'hui qu'hier !" Ainsi, il évoque "un enchantement, un émerveillement d'enfant, un regard incrédule sur lui-même" lors des compétitions. Chacune d'elles est "une série de frissons, d'émotions : lorsque vous approchez de l'arrivée, puis passez la ligne, les applaudissements, le micro, le podium pour les anciens..."

Lui qui n'a qu'un planning d'entraînement "très aléatoire", réussit toujours à aller au bout de ce qu'il entreprend : "je n'ai pas le temps de m'entraîner, je fais suivant l'envie. Lorsque je m'entraîne, c'est le plus souvent seul, et parfois avec Fernand Kolbeck, qui me motive, et Marie-Reine Gross, talentueuse triathlète." Dès lors, "je m'entraîne le jour de l'épreuve, en puisant dans mon corps et dans mon mental", affirme-t-il.

Pour se forger une telle ténacité, Bernard a fait sienne toute une série de citations* sur le dépassement de soi, qui le confortent dans son choix d'aller au-delà de ce qui est possible. De plus, conscient d'un décalage manifeste entre son physique et les épreuves sur le départ desquelles il s'aligne, il manie l'humour, en toutes circonstances, comme aux ravitaillements, lorsqu'il demande "quel jour on est ?", "les premiers sont déjà passés ?" Ou encore "Y'a aussi du vin à boire ?"

Toujours avec humour, Bernard sait que, pour faire parler de lui, il n'a le choix que parmi deux solutions possibles : "arriver premier, ou bien dernier. J'ai choisi ce qui était à ma portée : j'arrive bon dernier, mais je suis finisher, devant plusieurs abandons." Bernard apprécie pleinement sa très grande chance d'être un privilégié, "en même temps qu'un sursitaire. Et dans ma tête, je me suis déjà préparé pour le jour où ça va coincer, où je remporterai ma première défaite."

Pour Bernard, "les seules défaites sont les combats non menés".

Le triathlon pour apogée ?

En attendant, Bernard découvre de nouvelles disciplines, comme le triathlon de Gérardmer, format XL, réalisé en 2012, alors âgé de 72 ans.

"Le triathlon a été une nouveauté dans ma vie, et l'exemple-même du défi impossible : car je ne nageais pas un an avant, j'ai dû apprendre à crawler." D'un autre côté, "ça a été le plaisir d'enchaîner trois sports différents."

Les chiffres du triathlon XL de Gérardmer :

  • 1 200 partants, 7 nationalités, 800 bénévoles
  • 1,9km de nage (j'ai appris à nager un an avant)
  • 90km de vélo (avec 1 900m de dénivelée positive, dans le froid, la pluie, le brouillard..., incluant 3 fois certains passages à 16%)
  • 21km de course à pied avec 240m de dénivelée positive
  • + 10 marches à grimper et redescendre (la tribune)
  • + 2 marches à grimper et descendre (le podium)
  • 8h d'effort

Le jour de l'épreuve, "le matin au bord de l'eau", confie-t-il, "je regarde autour de moi. Je ne suis guère perturbé par mon extravagante différence d'âge avec mes concurrents, mais uniquement par leur physique : de vrais triathlètes, eux ! Mais je cache mes muscles virtuels dans ma tête : la volonté et la ténacité. Avec en prime une bonne dose d'autodérision. Je vais faire de mon mieux, avec des moyens modestes, mais un moral d'enfer, la chance de bénéficier d'une bonne santé et d'une grande endurance."

Pour Bernard, le plus difficile avait déjà été fait : "l'inscription à l'épreuve des mois auparavant, la préparation minutieuse du matériel et de l'équipement dans les trois sacs des trois disciplines, revérifier 10 fois, y compris le matin de l'épreuve, et ne rien mélanger pour les trois épreuves enchaînées..."

Bernard sera le dernier à franchir la ligne d'arrivé, "abonné à la dernière place", mais "devant tous les abandons et les disqualifications." De quoi faire de l'arrivée de ce premier triathlon, et de ceux qui suivront, son meilleur souvenir : "devant épouse, enfants et petits-enfants".

Alors lorsqu'on lui demande s'il est fier de son parcours, de son énergie, Bernard répond "oui" sans hésitation. "Je suis même admiratif devant les ressources du corps et du mental."

S'il attend encore quelque chose de ses activités sportives aujourd'hui, c'est simplement "de prolonger ma bonne santé le plus longtemps possible ! Et de servir d'exemple à mes 7 petits-enfants, mes 3 enfants tout en partageant ce bonheur avec mon épouse." Car après tant d'exploit, Bernard affirme avoir comme improbable challenge désormais "de ne plus me lancer de défi."

Bernard, un grand bravo. Et s'il est un hommage que nous pouvons tous te rendre, c'est de nous inspirer de ta vénérable sagesse, en partageant avec toi notre bonheur du sport, et en insufflant, sur ton modèle, à ceux qui ne l'ont pas, l'énergie d'être dans l'action.

"En triathlon, je nage dans le bonheur, sans me mélanger les pédales, et je prends mon pied dans la course !" Avec une émotion encore plus palpable lorsque l'un de ses 7 petits-enfants et son épouse sont réunis pour voir Bernard, bon dernier, mais finisher, devant 92 abandons.


Le palmarès impressionnant de Bernard, démarré après ses 60 ans

Course à pied :

  • marathons de New-York, Paris, Londres (2 fois), Prague.
  • marathon des sables : 240km en 5 étapes.
  • 100km de Millau non-stop
  • Marathon de la Jungfrau à Wengen (CH) : 2 000m de dénivelée
  • Grand Raid de la réunion, la Diagonale des fous : 135km et 16 000m de dénivelée positive cumulée, dont la tristement célèbre Roche Ecrite
  • 2002 : marathon du Cervin à Zermatt (CH) : 2 000m de montée, jusqu'à 3 000m d'altitude.
  • 2002 : "Desert Cup" de Jordanie : 168km non-stop en auto-suffisance alimentaire, réalisé en 45h

et aussi : Mauritanienne Race, Cross du Mont-Blanc, 6000d...

Ascensions :

  • 1999 : Aconcagua, Argentine (6 962m), "sans oxygène"
  • 2002 : Mont-Blanc (4 810m) : "3 fois, et aussi par la traversée successive des trois Mont-Blanc"
  • 2005 : Sommet de l'Allalin, Suisse (4 027m), "avec l'une de mes filles"

et aussi : Kilimandjaro, Tanzanie (5 891m), Cervin, Suisse (4 478m)...

Triathlons :

  • participation à 6 half ironman : des épreuves de 1,9km de nage, 90km de vélo avec dénivelée, 21km de course à pied vallonnés.

*Quelques-une des citations et expressions qui lui collent à la peau :

"Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer" (Guillaume d'Orange Nassau)

"Avec des si on vit au conditionnel, avec des mais on vit dans l'imparfait, avec des oui on répond présent !"

"Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve une réalité" (Antoine de Saint-Exupéry)

"Là où il y a une volonté, il y a un chemin" (Edward Whymper, premier vainqueur du Cervin)

"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait" (Mark Twain)

"Alors il faut voir grand : la vie est un miroir qui reflètera ce que tu y as mis"

"Il vaut mieux mourir avec des souvenirs qu'avec des regrets"

... et quelques touches d'humour à retenir :

"Je n'ai pas de régime alimentaire spécifique, juste pas d'alcool, et je ne fume pas. Et mon EPO : eau, pastis, ouzo !"

"Mon pire souvenir ? Avoir été dépassé par mon ombre dans une course !"

"Une seul neurone restant, mais très bien agité, vaut autant qu'un million, mais hélas alités"


L'auteur,
Elyse Moreigne

Editrice de Plaisir du sport en Alsace, passionnée de langages écrits, nageuse, coureuse et randonneuse, parfois triathlète, engagée pour valoriser la pratique sportive en Alsace en tant que source de bien-être, d'enthousiasme, de dépassement de soi !
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