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Dragon Ladies : apprendre à pagayer, pour se reconstruire après un cancer du sein

Elles sont nées au Canada, ont essaimé partout dans le monde et démarrent cette année une action en Alsace.

Elles, ce sont les Dragon Ladies : ces femmes atteintes par le cancer du sein, qui montrent qu'il est possible de se relever après la maladie.

Leur moyen est plutôt inattendu : elles pagaient, sur une embarcation commune.

Cette activité physique les aide à se préserver, à retrouver une dignité, malgré le traumatisme physique et psychologique qu'elles subissent avec la maladie.

Déterminées pour s'en sortir, elles cherchent surtout à se reconstruire, après avoir été touchées au plus profond de leur chair. Avec, en ligne de mire, un objectif de célébration : participer, à bord d'un Dragon Boat, à la Vogalonga de Venise.

© Crédit photos : "Ensembles pour elles - Dragon Ladies de Reims" ®

Le documentaire "Dragon Ladies : nous irons à Venise" a été projeté dans le cadre d'octobre rose dans plusieurs salles de cinéma alsaciennes.

"Elles de l'Ill" : une action en Alsace pour lutter contre les effets secondaires de la chirurgie du cancer du sein

Depuis début 2014, à Horbourg-Wihr près de Colmar, l'APACH (Association Plein Air Colmar Horbourg-Wihr) a initié l'action "Elles de l'Ill", qui consiste à mettre un canoë de 9 places à disposition de femmes ayant été opérées d'un cancer du sein.

Pagayer, d'un point de vue médical, permettrait en effet d'enrayer l'installation d'un lymphoedème, aussi appelé "gros bras", qui consiste en une "complication sévère et invalidante" (source : Wikipédia), fréquent après le traitement chirurgical du cancer du sein.

Alors qu'on disait ce lymphoedème inévitable il y a peu, l'expérience d'un médecin physiologiste de l'université de Vancouver, au Canada, le docteur Mc Kenzie, montre au contraire les effets positifs d'une activité physique progressive et encadrée.

Il a été le premier à créer un équipage de Dragon Ladies, avec des femmes traitées pour un cancer du sein, en 1996. Son idée a voyagé à travers le monde, atteint l'Italie, puis la France, à Reims, en 2008 où est alors créée la première association française associée au concept : "Ensemble pour elles".

Désormais, il est reconnu que "le canoë est une discipline sportive qui favorise la circulation de la lymphe par les mouvements répétitifs occasionnés par les coups de pagaie", indique Xavier Bagot, directeur de la base nautique, dans un courrier d'information sur l'action Elles de l'Ill. "À chaque traction de l’eau sur la pale de la pagaie, la main placée en position haute soulève l’ensemble du thorax qui joue le rôle de pompe lymphatique améliorant ainsi la circulation. Ce mouvement du corps accélère le flux qui peut être de 10 à 30 fois plus élevé."

Pour les Dragon Ladies partout dans le monde, l'objectif poursuivi est bien sûr de lutter contre les effets secondaires invalidants de la maladie. Mais, humainement, cela va bien au-delà.

Elles de l'Ill propose de pagayer après un cancer du sein.

Vaincre le cancer grâce à l'effort commun

Ce qui compte avant tout, indique Catherine Breysach, ancienne présidente de l'APACH, actuelle responsable du groupe loisirs-adultes et membre du comité, c'est d'éviter cette "importante morbidité physique et psychologique liée au lymphoedème, qui se traduit par une détérioration de la qualité de vie. Sur le plan physique, les membres enflés peuvent être douloureux, et leurs mouvements limités, ce qui peut occasionner des problèmes dans la réalisation des activités quotidiennes, en plus d'altérer l'image corporelle et d'affecter la santé mentale."

De plus, "la défaillance du système lymphatique conduit à une diminution de l'immunité dans le membre affecté qui prédispose à des affections récurrentes. Sur le plan psychologique, le lymphoedème peut entraîner une détresse psychologique, de l'anxiété, une dépression, un évitement social."

Il est nécessaire de comprendre que "le cancer du sein atteint la féminité, l'ensemble de la personne - les proches aussi", explique-t-elle. "Pour la femme, la question est de savoir comment se réapproprier un corps mutilé, avec des cicatrices, une poitrine refaite ou pas." 

Or il y a beaucoup de pudeur, et même si "une bonne rééducation fait aujourd'hui ses preuves", affirme-t-elle, "on constate que l'arrêt de la prise en charge par le corps médical a trop souvent pour conséquence l'arrêt des recommandations pour poursuivre la rééducation en autonomie."

L'accompagnement, ne pas se sentir seule, être soutenue, aidée : voilà la clé de voûte de la reconstruction personnelle.

C'est aussi toute la logique des associations qui se sont déployées, que d'accompagner les femmes dans leur combat, légitimer leur effort, leur redonner de l'espoir : les rendre à la vie.

L'accompagnement : la solution pour aider vraiment les femmes touchées par le cancer du sein.

Se retrouver pour, ensemble, se dépasser

Quel que soit le lieu, le point commun de toutes ces femmes, "c'est qu'on a vaincu ou on est en train de vaincre quelque chose ensemble", confirme l'association Ensemble pour elles.

Le canoë permet justement de se retrouver dans la même embarcation. Ce pourrait être une galère, mais ça ne l'est pas justement : c'est un frêle esquif commun, à faire avancer ensemble, chacune suivant son expérience, chacune suivant ses possibilités. "Ce qui est agréable, c'est que quand on est fatigué, les autres peuvent prendre le relais. Et puis on avance toutes au même rythme, quelle que soit la force que l'on y met, personne n'est à la traîne", insiste Catherine Breysach.

Apprendre à pagayer dans ces conditions, c'est réaliser un parcours initiatique qui transforme. "On se découvre en pagayant", explique l'association Ensemble pour elles. Car au-delà de tous les dispositifs médicaux et médicamenteux, l'objectif est de se redresser, de redevenir aussi forte - voire plus forte - qu'avant : "il s'agit de changer sa conception du monde, du lien avec les autres. L'expérience est surtout là pour montrer qu'on peut surmonter les difficultés et apprendre à se dépasser."

Et finir par se reconstruire : pour la fierté personnelle, pour le regard de l'autre. Or l'une des étapes fortes de ce parcours initiatique pour y parvenir, c'est de voir Venise...

Ensemble, elles font avancer la même embarcation.

Sous le signe du dragon

Depuis l'expérience du docteur Mc Kenzie, aller à Venise pour participer à la Vogalonga est devenu avant tout un symbole. Il faut, en effet, être fortes et solidaires pour faire avancer le navire.

Or nos Dragon Ladies sont des guerrières : elles luttent, et ne se laissent pas abattre. Les Italiennes en sont convaincues : "le dragon c'est la force, la puissance, l'union", explique, dans le documentaire "Nous irons à Venise", l'une d'elle, un dragon tatoué sur l'avant-bras.

Rassemblant 2 100 équipages, en 2014, sur des embarcations sans moteur de toutes tailles, la Vogalonga est donc un prétexte afin d'avoir un objectif commun. "C'est une expérience très forte, car il y a une volonté de transmettre le message positif lié à notre action", confirme l'association Ensemble pour elles. Et puis : "il y a une super ambiance à Venise".

Il s'agit aussi d'une compétition, dont le seul enjeu pour les Dragon Ladies est de prouver qu'elles peuvent le faire, qu'elles peuvent se dépasser. Qu'elles peuvent continuer à vivre.

Le rose est l'emblème de ces femmes - la couleur de la lutte contre le cancer du sein.

Le sport - un soutien incontestable

Que ce soit en prévention ou en traitement du cancer, "toutes les activités physiques sont bonnes à exercer", confirme le Dr Guldenfels, médecin coordinateur à l'Ademas (association pour le dépistage des maladies du sein). "Peu importe le sport : il faut se faire plaisir, se vider la tête. L'essentiel est de bouger, peu importe ce que l'on fait."

L'activité physique régulière, quelle qu'elle soit, est fortement recommandée : natation, course à pied, marche... "L'escrime, le tir à l'arc, la marche nordique, le canoë, sont particulièrement adaptés dans le cas du cancer du sein, car ils activent les pompes lymphatiques, ainsi que tous les sports qui font bouger le bras dans le bon sens", confirme le médecin. "Le choix de faire du sport doit être un projet personnel au sein du parcours de traitement et reste totalement individuel."

À la Maison de la Ligue et des patients à Colmar, "6 activités de confort et de bien-être sont proposées aux malades : dispensées par des professionnels, elles sont adaptées, c'est-à-dire qu'elles tiennent compte de toutes les chirurgies possibles, liées ou non à la maladie", informe Mélanie Munch, chargée de communication à la Ligue du Haut-Rhin contre le cancer. Elle précise que "80% des gens qui y participent sont sous traitement chimio".

Les Dragon Ladies de Reims parlent également de rééducation fonctionnelle : 1h de gymnastique suivie d'1h d'aquagym. "Car il faut rééduquer la posture, réapprendre à se tenir droite."

À être fière de soi, malgré tout. À retrouver l'envie d'avancer.

Naviguer sur l'Ill

Désormais, ce qui est certain, c'est que le monde associatif se mobilise, se dynamise. Des événements sont recréés, comme Traver'Seine à Paris, qui n'existait plus depuis 30 ans.

En Alsace, le projet de l'APACH suit le modèle des grandes soeurs reimoises et des actions menées de par le monde.

L'objectif est "de commencer petit, et d'associer progressivement tous les clubs de canoë alsaciens à l'action", précise Agnès Bury, présidente de l'APACH. "Nous ne ferons probablement pas l'acquisition d'un dragon boat, qui est coûteuse et qui nécessite aussi une infrastructure, des moyens de remorquage spécifiques. Nous resterons avec un C9 - canoë de neuf places -, plus facile à manier, auquel d'autres C9 pourront se greffer, puisqu'il en existe déjà dans pratiquement tous les clubs alsaciens de canoë-kayak."

L'activité propose des circuits variés, puisque, "à l'APACH, on peut faire de petites comme de grandes randonnées : jusqu'à Strasbourg, jusqu'à Kogenheim ainsi que sur les bras morts du Rhin."

Catherine Breysach précise : "Afin de préserver la pudeur des femmes, nous pouvons mettre à disposition plusieurs vestiaires."

En plus d'Horbourg-Wihr, Sélestat va aussi participer à cette aventure.

Pour naviguer sur l'Ill, il faut, en pratique :

  • Un certificat médical
  • Savoir nager 25m

Pour plus d'informations : apach@apach.eu - tél. 03 89 23 58 39 - www.apach.eu

"Pour les femmes après un cancer du sein, cette activité permet aussi de faire quelque chose en dehors du corps médical", indique Agnès Bury. Tout cela va dans le bon sens : celui de permettre aux femmes, sur la durée, de retrouver une autonomie.


En savoir plus sur les actions des Dragon Ladies et sur le cancer du sein :

 


L'auteur,
Elyse Moreigne

Editrice de Plaisir du sport en Alsace, passionnée de langages écrits, nageuse, coureuse et randonneuse, parfois triathlète, engagée pour valoriser la pratique sportive en Alsace en tant que source de bien-être, d'enthousiasme, de dépassement de soi !
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Cet article a été commenté 1 fois

De : Véronique, le 04/10/2017 à 08h07min36s |
Bonjour, Une question... est-il possible de pratiquer le rameur quand on a été reconstruite avec un tram flap ? (peut-être dans votre équipe des femmes dans ce cas ?). A l'avance, merci pour votre réponse et bonne continuation. Véronique
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